par Marco Corvaglia
Voir la page Les premières années : Medjugorje façon New Age [Partie 1]
§ 5. Qui est le préféré de la Vierge?
Un des éléments les plus fabuleux (et centraux) de Medjugorje, c'est-à-dire la feuille de matériau qui n'existe pas sur la terre, contenant les dix secrets, que seule Mirjana réussit à lire, a fait son apparition alors qu'étaient en cours certaines querelles personnelles entre les voyants. Querelles dans lesquelles on impliqua la Gospa.
Le père Janko (Yanko) Bubalo, s'adressant à Vicka, lui rappelle, au cours de l'interview de 1983 :
PÈRE YANKO : Vous les voyants, vous ne vous entendez pas toujours entre vous [...].
VICKA : Qu'est-ce que tu veux ? Nous sommes comme les autre jeunes gens, quelquefois irréfléchis.
[Y. Bubalo, Je vois la Vierge, op. cit., p. 168]
Et :
PÈRE YANKO : Vicka, il y a eu des malentendus, entre vous, les voyants. Tu l'as reconnu; et c'est normal.
[Ibid., p. 88]
Essayons d'approfondir la question.
Le 1er octobre 1981, on lit dans la Chronique des apparitions :
D'après Vicka, elle n'apparaît pas à Ivica [Ivanka] et Mirjana aussi souvent qu'à eux trois (Marija, Jakov et Vicka) parce qu'elles ne sont pas complètement consacrées. La Gospa les avertit souvent pour cela. Elle attend qu'elles se consacrent complètement.
Le père Vlašić, rédacteur de la Chronique, ajoute cependant :
J'ai vérifié la situation auprès d'Ivanka. Elle dit, elle, que la Gospa lui apparaît chaque jour. Je suppose que la conclusion ci-dessus soit de Vicka à cause des manquements que Ivanka a commis aux yeux de Vicka.
[Kronika ukazanja, op. cit., vol. I, 1/10/1981 : Prema govoru Vicke Ivici i Mirjani se ne ukazuje često kao njima troma (Marija, Jakov i Vicka) jer nisu potpuno predane. Gospa ih češće opominje za to. Očekuje da će se potpuno predati. Kod Ivanke sam provjerio stanje. Ona kaže da se njoj Gospa ukazuje svaki dan. Pretpostavljam da je gornji zaključak Vickin zbog propusta koje je Ivanka u očima Vicke pravila.]
En 1982, le franciscain Slavko Barbarić, docteur en psychologie sociale, rédige un rapport dans lequel il affirme que le groupe de voyants "dans sa dynamique interne, a deux chefs." Mirjana s'impose "parce qu'elle a fréquenté davantage l'école et s'exprime avec davantage de désinvolture" et Vicka, en particulier, "par le tempérament" [cf. Zbornik Krsni Zavicaj, n° 15, 1982; cf. aussi S. Gaeta, Medjugorje. E' tutto vero, Piemme, 2006, p. 42].
Le 25 décembre 1982, Mirjana a sa dernière apparition quotidienne et rapporte ce message de la Vierge :
Je t'apparaîtrai le jour de ton anniversaire et lorsque que tu éprouveras des difficultés dans la vie.
[René Laurentin, Corpus chronologique des messages, O.E.I.L., 1988, p. 183]
Depuis dix jours, le 4 janvier 1983, dans la Chronique des apparitions sont rapportées les paroles suivantes de Vicka (ici, en italiques) :
Je pense que la Vierge a fini d'apparaître à Mirjana parce qu'elle ne fait pas ce que demande la Vierge. Vous avez vu comme elle s'habille, elle se maquille, et elle n'est jamais ici… moi, je pense comme ça, a-t-elle bien souligné.
En outre Ivan Dragičević m'a confié – mais je ne dois pas le dire aux autres – que la Vierge s'est plainte auprès de lui de Mirjana et qu'elle lui a dit qu'elle a déjà confié le dixième secret et a cessé de lui apparaître. À moi, elle ne m'a rien dit d'elle, répète Vicka.
[Kronika ukazanja, op. cit., vol. I, 4/1/1983 : Mislim da se Gospa prestala ukazivati Mirjani zato što ne ostvaruje ono što Gospa hoće. Vidjeli ste kako se oblači, šminka, nikada je ovdje nema. Ja tako mislim, naglasila je dobro. Osim toga Ivan Dragićević mi je povjerio – ali da to drugima ne govorim – da mu se Gospa potužila na Mirjanu i da mu je rekla da joj je već povjerila 10 tajnu i prestala se ukazivati. Meni nije ništa o njoj govorila, ističe Vicka]
Plus loin, le vicaire Vlašić ajoute :
Ivan m'a confirmé ce que Vicka a raconté de Mirjana. Avant tout, lui aussi est convaincu que la Gospa a cessé de lui apparaître à cause de sa conduite. Il est l'unique voyant auquel la Gospa a dit quelque chose de concret, avant le nouvel an, à propos de Mirjana et de la fin des apparitions.
Il dit que la Gospa s'est plainte de sa conduite. Elle lui a dit à peu près ceci : À part la prière pendant la vision, toute la journée, elle ne prie pas du tout. Je donnerai à chacun selon ses mérites.
[Kronika ukazanja, op. cit., vol. I, 4/1/1983 : Ivan mi je potvrdio ono što je Vicka pričala za Mirjanu. Najprije, i on je uvjeren da joj se prestala Gospa ukazivati zbog njezina ponašanja. On je jedini od vidjelaca komu je Gospa prije Nove godine progovorila nešto konkretno o Mirjani i prestanku ukazanja. Kaže da mu se Gospa potužila na njezino ponašanje. Rekla mu je otprilike ovo: „Osim molitve za vrijeme viđenja cijeli dan ništa drugo ne moli. Ja ću svakomu dati po njegovim zaslugama“.]
Le père Laurentin, apologiste de Medjugorje (connu aussi pour être le plus grand historiographe de Lourdes) rapporte seulement une libre synthèse de la Chronique, écrivant :
Ivan pense que les apparitions ont cessé pour Mirjana parce qu'elle ne priait pas assez en dehors des apparitions.
[R. Laurentin, Corpus Chronologique des Messages, op. cit., p. 185]
En réalité, dans la Chronique, il est écrit qu'il ne s'agit pas des pensées d'Ivan mais de paroles clairement exprimées par la Gospa.
Gospa qui, cependant, paraît changer immédiatement d'idée à propos de Mirjana, comme nous le verrons.
Mirjana, qui habitait à Sarajevo, revint à Medjugorje le 18 février 1983, pour saluer le père Jozo (à peine libéré, Cf. R. Laurentin, La Vierge apparaît-elle à Medjugorje ?, OEIL, avril 1984, p. 188).
À cette occasion, elle révéla que la Vierge lui avait conféré un privilège.
Lisons la Chronique :
Était présente aussi Mirjana Dragičević à laquelle la Gospa a cessé d'apparaître. Elle a raconté quelque chose que nous ne savions pas. La Gospa lui a confié un code chiffré pour les secrets, que seule Mirjana comprend.
[Kronika ukazanja, vol. I, 18/2/1983 : Ovdje je bila i i Mirjana Dragićević, kojoj se Gospa prestala ukazivati. Došla je pozdraviti fr. Jozu. Pričala nam je jednu stvar koju mi nismo znali. Njoj je Gospa povjerila šifre tajni koje samo Mirjana razumi.]
Le 4 juin 1983, cependant, Ivanka elle aussi dira avoir reçu un "code chiffré", et même l'avoir reçu en premier :
Ivanka m'a dit que la Gospa a cessé de lui raconter sa vie le 22/5/1983. La Gospa lui a confié un alphabet inconnu avec les lettres correspondantes de la langue croate (elle a dit qu'elle lui a dit que c'est la première fois dans l'histoire qu'une chose de ce genre est donnée à quelqu'un).
[Kronika ukazanja, vol. II, 4/6/1983 : Ivanka mi je rekla da joj je Gospa 22. V. 1983. prestala pričati svoj život. Njoj je Gospa povjerila nepoznatu abecedu s odgovarajućim slovima hrvatskog jezika (Reče da joj je rekla da je nešto tako prvi put u povijesti nekomu dano).]
Le père Janko Bubalo, en interviewant Vicka, attesta :
PÈRE YANKO : Notre-Dame lui [à Ivanka] aurait appris une méthode de notation chiffrée, dit-elle. A plusieurs reprises, j'ai essayé d'en savoir un peu plus, mais en vain. J'ai demandé à Ivanka de me montrer ces notes chiffrées, de loin, mais elle m'a répondu que Notre-Dame ne le lui permettait pas.
[Y. Bubalo, Je vois la Vierge, op. cit., pp. 158-159]
Le 27 mars 1984, le père Vlašić écrit dans la Chronique :
J'ai parlé hier avec Mirjana Dragičević qui est venue pour une brève période de Sarajevo.
Mirjana, dans cet entretien communique :
La Vierge a loué ma foi.
[Kronika ukazanja, vol. II, 27/3/1984 : Jučer sam razgovarao s Mirjanom Dragićević koja je na časak došla iz Sarajeva [...] "Odala mi je priznanje za moju vjeru "]
Et elle, à partir du 25 juin 1985, commencera à parler explicitement d'une feuille d'une matière inexistante sur la terre, sur laquelle elle seule peut voir l'écriture (voir la page Le parchemin de Mirjana).
§ 6. Des questions embarrassantes
Tout à fait normal, ce qui est documenté ici ?
Pourquoi, alors, aujourd'hui, les voyants ne font plus mettre à la file les gens pour "toucher" la Vierge (et, éventuellement, se piquer à sa couronne d'étoiles, comme le raconte Vicka) ?
Pourquoi, aujourd'hui, ils ne disent plus que la Vierge est arrivée en retard du fait qu'elle était occupée avec les autres voyants ?
Pourquoi, aujourd'hui, ils ne disent plus qu'après avoir perdu un objet chez eux, ils se font dire par la Vierge où il se trouve ?
Pourquoi, aujourd'hui, ils ne disent plus qu'ils demandent à la Vierge des informations sur comment se sont passés les examens de tel ou tel autre ?
Pourquoi, aujourd'hui, ils ne disent plus que la Vierge les fait communiquer avec des personnes chères lointaines, les leur faisant même voir ?
APPENDICE
Note sur les "diaires" de Vicka
Les dénommés "diaires" de Vicka sont constitués de trois cahiers qui recouvrent, de façon très discontinue et irrégulière, la période qui va du début des apparitions jusqu'à fin mars 1982. Le troisième (6 février - 25 mars 1982) a été écrit de la propre main de Vicka, tandis que les deux premiers ont été rédigés matériellement par trois sœurs de la voyante, mais sur la base des indications fournies par Vicka elle-même.
Vicka elle-même les remit, en tant que ses diaires, à l'un des premiers à étudier Medjugorje, le père Janko Bubalo, lequel, en vue de la réalisation du fameux livre-interview avec la voyante (Je vois la Vierge), lui écrivait le 6 septembre 1983 :
Chère Vicka […] tu m'as confié tes cahiers qui sont une sorte de journal […] le premier a été écrit par ta sœur Ana, le deuxième par tes sœurs Zdenka et Mirjana. […] Tu m'as donné tout d'abord le deuxième cahier, celui qui contient les notes du 19 octobre au 14 décembre 1981. Là, j'ai trouvé des informations intéressantes.[…] Pourrai-je, si je le désire, me servir en public de ce qui est écrit dans tes cahiers ? […] Vicka, mets ta signature tout de suite après tes réponses et la date.
[Y. Bubalo, Je vois la Vierge. Aînée des voyants de Medjugorje, Vicka raconte les apparitions et son extraordinaire expérience, O.E.I.L., 1984, p. 181]
Quatre jours plus tard, Vicka restituait la lettre au père Janko Bubalo, après avoir répondu comme ceci :
Il me semble que je t'ai donné ma permission de te servir des mes cahiers. Si je ne l'ai pas encore fait, je le fais maintenant. Tu es libre de te servir des mes cahiers.
Vicka Ivanković
[Ibid.]
Vicka ne fait donc aucune distinction entre le cahier écrit matériellement par elle et ceux dictés par elle à ses sœurs comme on peut aussi le déduire du passage suivant du livre-interview :
VICKA : J'ai feuilleté dernièrement l'un de mes cahiers, et j'ai lu que la première année, peu avant Noël, au cours d'une apparition, beaucoup de personnes avaient touché Notre-Dame.
[Ibid., p. 87]
Même l'apologiste de Medjugorje Daria Klanac, amie personnelle de Vicka, reconnaît, en parlant des parties non écrites par elle, que "de son point de vue, c'était comme si c'était elle qui l'avait écrit" [D. Klanac, Medjugorje, Sarment, 2001, p. 34].
Le 11 octobre 1984, Vicka confirme à la Commission d'enquête diocésaine avoir consigné personnellement à l'évêque ses diaires [voir la transcription du procès verbal de l'entretien avec les membres de la Commission, dans R. Laurentin, Dernières Nouvelles de Medjugorje, n°4, O.E.I.L., juin 1985, pp. 85-87].
À ces documents, il faut en ajouter un autre, très important : le Rokovnik ("Agenda"), remis par Vicka à la commission d'enquête le 31 mai 1985. La voyante y reporte, de sa main, le compte-rendu des apparitions (à cheval entre 1981 et 1982) au cours desquelles la Gospa adresse des messages aux frères rebelles Ivica Vego et Ivan Prusina.
Marco Corvaglia
Mis à jour le 15 février 2013