par Marco Corvaglia
§ 1. Extraordinaire ou ordinaire ?
Clemente Domínguez, "voyant" de Palmar de Troya, fondateur et pape autoproclamé de l'Église schismatique palmarienne. Ses fidèles étaient convaincus d'assister à des phénomènes extraordinaires.
Clemente Domínguez était un personnage grotesque (il en est venu à s'autoproclamer pape et à fonder une église schismatique : voir la page Le premier inspirateur des messages de Medjugorje : Clemente Domínguez [Partie 1]. À ses "visions", cependant, étaient liés les mêmes phénomènes qui stupéfient aujourd'hui les dévots de Medjugorje.
En réalité, d'un point de vue scientifique, de tels phénomènes ne prouvent absolument rien.
§ 2. Les "miracles du soleil" de Clemente
Le 30 mars 1970, Clemente dit avoir reçu ce message de la Vierge :
Mon fils, je désire que tu ailles à Garabandal.
[El Palmar de Troya. Mensajes sobrenaturales trasmitidos a Clemente Domínguez Gómez (avec préface de Gerardo R. Alfaro), Difusora Mariana Argentina, Buenos Aires, 1976, p. 77]
Le 4 avril, il se rend donc sur place avec un important groupe de fidèles, parmi lesquels Francisco Sánchez Ventura (le chroniqueur des évènements de Garabandal le plus connu), qui nous a laissé ce compte-rendu :
Vers trois heures de l'après-midi […] Clemente, qui n'était pas en extase […], levant la main, dit : "Regardez le soleil". Tous, nous avons levé les yeux et avons pu voir un disque blanc, comme d'argent, qui ne blessait pas les yeux. Le soleil tournait et changeait de couleur, sans que nous soyons le moins du monde aveuglés ou éprouvions le moindre désagrément.
[…] Le phénomène se vérifia, mais tous ne purent pas voir de la même façon et certains ne virent rien.
[…] Beaucoup contemplèrent le phénomène du soleil converti en lune d'argent, sans être éblouis, d'autres le virent tourner et aussi augmenter de taille.
[Francisco Sánchez Ventura, Las apariciones en el Palmar de Troya, Editorial Círculo, Saragosse, 1970, pp. 78-80]
On est le 15 mai 1970. À Palmar de Troya ont afflué 40.000 pèlerins pour une journée de prière fixée exactement un mois plus tôt par l'apparition présumée selon le "voyant" Clemente [Cf. El Palmar de Troya. Mensajes sobrenaturales trasmitidos a Clemente Domínguez Gómez (avec préface de Gerardo R. Alfaro), Difusora Mariana Argentina, Buenos Aires, 1976, p. 78].
Lisons le compte-rendu du chroniqueur Joaquín Gómez Burón :
Vers quatre heures de l'après-midi, alors que commençaient les prières de milliers et milliers de personnes guidées par la voix de Manuel Alonso [le plus proche collaborateur de Clemente ; il était le numéro deux de l'Église palmarienne jusqu'à la mort de Clemente, en 2005, date à laquelle il lui succéda comme pape sous le nom de Pierre II, NDA], qui provenait d'un puissant haut-parleur, le soleil commença à émettre des lueurs colorées et il bougeait comme s'il tournait autour d'un axe imaginaire. Les rayons n'abîmaient pas la vue des personnes présentes qui pouvaient le contempler, en haut, sans aucun effort.
[…] Toutefois, tous ne purent pas assister à ce spectacle ; certains même riaient du regard stupéfait des autres.
[…] Il est difficile de trouver un habitué de Palmar qui n'ait pas assisté aux phénomènes.
[…] Il semble que Clemente Domínguez attire les prodiges solaires, […] même à de nombreux kilomètres de là, dans ses voyages d'apostolat, en Europe et sur tout le continent américain.
[Joaquín Gómez Burón, El enigma de el Palmar de Troya, Editorial Personas, Barcelone, 1976, pp. 123-126]
La réalité, vraisemblablement, est autre : lorsque Clemente était présent, il y avait toujours des fidèles qui scrutaient spontanément le soleil à la recherche de prodiges, jusqu'à ce que la lumière solaire (n'étant pas forte au point de ne pouvoir être soutenue, ni assez faible pour ne pas déterminer de réaction), provoque les fameux effets neurophysiologiques sur la rétine.
À ce sujet, voir la page Je l'ai vu de mes propres yeux ! Donc, c'est faux. ("Miracles du soleil" et autres) [Partie 1] qui contient, en particulier, les références des études critiques du Pr Auguste Meessen de l'Université Catholique de Louvain.
§ 3. Les guérisons de Clemente
L'Alcaparrosa, lieu des "apparitions" de Palmar de Troya. Sur cette photo aérienne, on voit clairement le mur que Clemente fit dresser autour de ce qui était devenu son fief personnel. Sur la droite, la basilique de l'Église schismatique palmarienne.
En 1972, Clemente (grâce à un important don d'argent d'une vieille baronne madrilène de ses disciples) acheta et clôtura d'un mur le grand terrain agricole de l'Alcaparrosa, où avaient lieu, au début, les apparitions de Palmar de Troya [Cf. M. M. Molina, Los secretos del Palmar de Troya. Historia de una herjía, Arcopress, Cordoue, 2006, pp. 72-77].
Le 8 septembre de cette même année, il dit que la Vierge demandait que soit creusé un puits sur l' Alcaparrosa. Après des mois de vains forages, une nappe d'eau fut finalement trouvée le 7 mars 1973 [Cf. El Palmar de Troya. Mensajes sobrenaturales trasmitidos a Clemente Domínguez Gómez (avec préface de Gerardo R. Alfaro), Difusora Mariana Argentina, Buenos Aires, 1976, pp. 363-364].
Les malades affluèrent et il ne manqua pas de guérisons, à ce qu'il paraît.
Il y a eu de nombreuses guérisons miraculeuses attribuées à l'eau du puits de Palmar. […] Angeles Santana, de Brenes, avait un ulcère infecté à une jambe, depuis plus de cinq ans. Elle ne se soignait pas et le médecin lui avait confessé ne pas savoir quel médicament lui prescrire, car tous se révélaient inutiles. De fait, la malade était diabétique et cela empêchait la cicatrisation. Eau de Palmar sur l'ulcère, simplement de l'eau et, en quatre jours, plus aucune trace du mal.
Rosario Salar Delgado, résidant à Séville, avait depuis de nombreuses années une jambe complètement invalide. Elle est allée à Palmar de Troya le 15 août 1973 pour demander la guérison d'un proche, sans penser à sa propre maladie tant elle était résignée à finir ses jours dans cet état. Après avoir bu l'eau du puits, alors qu'elle assistait à la célébration de la Sainte Messe, elle a senti vivre sa jambe et elle s'est rendu compte de pouvoir la mouvoir parfaitement car elle était miraculeusement guérie.
Le cancer à l'estomac de José Vázquez Martínez, de Monfort de Lemos (Lugo) a disparu. Le médecin, un spécialiste de Orense, ne lui avait donné que 15 jours de vie.
[Joaquín Gómez Burón, El enigma de el Palmar de Troya, Editorial Personas, Barcelone, 1976, p. 88]
À propos de cette question, voir la page À la recherche de guérisons miraculeuses.
§ 4. Paix et ferveur
Dans les foules, les idées, les sentiments, les émotions, les croyances possèdent un pouvoir contagieux aussi intense que celui des microbes.
[Gustave Le Bon, Psychologie des foules, Éd. Baillière et Cie et Félix Alcan, Paris, 1895]
Le sentiment de paix ineffable qu'un certain nombre de pèlerins assurent éprouver à Medjugorje apparaît en réalité un contagieux cliché psychologique.
Francisco Sánchez Ventura parlait de la "paix de l'âme qui règne à Garabandal" [F. Sánchez Ventura, The Apparitions of Garabandal, San Miguel Publishing, Detroit, 1970, p. 144].
À propos de Palmar de Troya, le même auteur écrivait :
Les fruits des phénomènes auxquels j'ai eu l'occasion d'assister […] ont été, en substance, des fruits de vie éternelle, qui ont eu pour conséquence un changement radical de vie et d'habitudes de beaucoup d'âmes.
[Francisco Sánchez Ventura, Las apariciones en el Palmar de Troya, Editorial Círculo, Saragosse, 1970, p. 53]
Voici comment Félix Arana (moine de l'Église schismatique palmarienne qui l'a quittée) décrit son arrivée à Palmar de Troya :
Je vis beaucoup de gens qui priaient avec un recueillement incroyable.
[Manuel M. Molina, Los secretos del Palmar de Troya. Historia de una herjía, Arcopress, Cordoue, 2006, p. 85]
Le 15 avril 1972, trois cent disciples de Clemente contresignent une lettre de Manuel Alonso Corral (comme on l'a dit, le plus proche collaborateur de Clemente lui-même) adressée à l'archevêque de Séville, José María Bueno Monreal, dont ils se sentent "persécutés" à cause de son opposition au phénomène :
À Palmar, on récite chaque jour avec le plus grande ferveur le rosaire de pénitence avec les Notre Père, le Chemin de Croix et le rosaire traditionnel, presque toujours de quinze mystères et on fait beaucoup d'actes de réparation au Sacré Cœur de Jésus, à la Sainte Face, et à notre très aimée Mère la Très Sainte Vierge. Monsieur le Cardinal, les conversions qui ont eu lieu à Palmar sont nombreuses et solides.
[Cesar de la Lama, El Palmar de Troya. Milagro S.A., Efe Ediciones, Madrid, 1976, pp. 193-194]
Un étrange amour pour la spiritualité qui ne les empêche pas de menacer l'archevêque :
Le Christ se montrera terrible avec ceux qui attaquent sa Divine Mère qui apparaît à El Palmar.
[Ibid., p. 195]
Exactement comme à Medjugorje où, le 21 juin 1983, Ivan rapportait, dans une lettre adressée à Mgr Žanić ce message à lui destiné :
Si ce que je recherche ne se produit pas, mon jugement et le jugement de mon Fils atteindra l’évêque.
[pour la documentation, voir la page La Gospa et l'incitation à la désobéissance. §2 Les menaces]
Marco Corvaglia
Publié le 2 juillet 2011